Confusions

28 décembre 2010

J’ai collaboré récemment à l’écriture d’une pièce à partir du journal d’une jeune Hongroise juive née en 1921. Alors que le mouvement antisémite nazi devenait de plus en plus menaçant, elle décida, toute jeune, d’émigrer en Israël et de participer au mouvement sioniste. Cependant l’Autriche fut annexée, la Pologne envahie et partagée, la deuxième guerre mondiale déclarée, et la Hongrie ralliée à la cause du Reich. La jeune femme intégra alors un groupe de résistants et se rendit en Yougoslavie et en Hongrie. Là, à vingt-trois ans, elle fut arrêtée, incarcérée et sommairement exécutée. J’envisageais de mettre ce destin tragique en perspective avec ce qui se passe aujourd’hui au Proche-Orient. Le sionisme des années trente n’a en effet rien à voir avec l’actuel sionisme conquérant, brutal et exclusif d’Israël et des États-Unis. Je tenais à le préciser. À mon grand étonnement, cela fut très mal pris. Je fus accusé d’antisémitisme et de sympathies « rouges ». Cette confusion m’attrista. Il n’a jamais été question pour moi de ne pas condamner les actes terroristes – quels qu’ils soient. Qu’après l’une des plus horribles catastrophes de l’histoire humaine – la tentative d’éradiquer la race juive et le massacre de millions de Juifs –, le gouvernement israélien, soutenu par le gouvernement américain (y compris celui du président Obama), lui-même pressé par les fondamentalistes chrétiens et les lobbies juifs, poursuive un objectif similaire – cela me choque particulièrement. Depuis la guerre de 1948 – que la mémoire collective israélite célèbre comme libération nationale et triomphe contre le colonialisme britannique et l’hostilité arabe, mais que la mémoire collective palestinienne retient comme la Nakbah, la catastrophe – c’est en fait un véritable nettoyage ethnique qui est pratiqué. Il reste à peine un dixième des Palestiniens qui vivaient sur le territoire que l’ONU a attribué pour créer l’État juif. Il y eut beaucoup de morts et de nombreux réfugiés enfermés dans des camps où ils restèrent au long de plusieurs générations. Ces opérations correspondent hélas aux définitions de nettoyage ethnique telles que les formulent les rapports de l’ONU sur la guerre des Balkans des années 90.

 

Je suis ulcéré quand on me traite d’antisémite parce que je soutiens la cause palestinienne. C’est un abus de langage et une malhonnêteté. Ce qui est infligé aux Palestiniens est le fait d’un gouvernement et non pas des Juifs. Ce n’est pas parce qu’on critique ce gouvernement qu’on est antisémite ! Un livre instructif vient d’être publié, Gaza in crisis*. Je vous le recommande. Il fait l’historique d’une tragédie qui dure depuis trop longtemps sans trouver son dénouement. Nous ne devons pas nous en lasser tant que tout n’est pas entrepris pour trouver une solution.

 

* Noam Chomsky & Ilan Pappé: Gaza in crisis reflections on Israel’s war against the Palestinians – Londres, Frank Barat, 2010

 

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22 février 2010

Je viens de faire une expérience forte, qui appelle plusieurs questions.

Depuis 2007, j’ai travaillé étroitement avec l’Académie suisse des sciences naturelles à un projet de théâtre dans le cadre de la célébration du 200e anniversaire de Darwin et du 150e de la publication de L’Origine des espèces. Le but était de faire connaître, par le biais du théâtre, la personnalité et le terrain des recherches du grand naturaliste. Comme aucune institution théâtrale suisse ne s’intéressait à ce projet, nous avons monté nous-mêmes les deux pièces commandées à Michel Beretti et à Dominique Caillat, et organisé une tournée à Sion et dans les quatre universités suisses romandes. Des artistes de qualité se sont intéressés au projet et ont accepté d’y participer avant même que j’aie trouvé les moyens de production. Entre le 5 novembre et le 13 décembre 2009, nous avons donné 44 représentations en Suisse romande, avec une trentaine de débats animés par des chercheurs scientifiques de qualité. J’ai écrit aux rédacteurs en chef des principaux journaux pour les informer de notre démarche particulière : elle concernait en effet autant la rubrique théâtrale que la rubrique scientifique. Sans réponse. Il y a eu, certes, quelques articles, mais très peu en fin de compte. Nous avons heureusement bénéficié du soutien généreux de plusieurs fondations scientifiques, de certaines universités et de la Loterie suisse romande. Il n’a pas été évident d’inviter le public de théâtre dans des lieux inhabituels pour le théâtre. Nous nous sommes rendu compte que les étudiants étaient difficiles à attirer aux spectacles même si nous venions jouer chez eux. Mais quand ils étaient présents, tout comme le public, les réactions ont été enthousiastes et passionnées

Cette expérience a été captivante. Par la qualité du partage avec ceux et celles qui l’ont menée, avec ceux et celles qui ont formé le public. J’ai constaté avec bonheur que le théâtre, aujourd’hui encore, envers et contre tout, pouvait – en plus de sa fonction festive et divertissante – faire connaître, révéler certaines questions, rendre conscient de problèmes importants. La preuve en est que la plus grande partie du public restait pour le débat à la fin des spectacles. Certains critiques ont souvent traité mon travail théâtral, avec condescendance, de « pédagogique ». Je m’en étonne, car je ne trouve rien de péjoratif à ce mot, au contraire : dans la société dans laquelle nous vivons où tout avance, se développe, se spécialise, se complexifie si vite, on risque gros si on refuse d’apprendre et d’enseigner. La « pédagogie »* n’est-elle pas plus importante et excitante que jamais. Dans ce qui se joue et s’expérimente au CERN actuellement (avec l’accélérateur de particules), dans la biologie moléculaire, dans de nombreuses recherches, se posent des questions éthiques d’importance. En démocratie, ces questions s’adressent à nous tous, les citoyennes et citoyens, elles ne doivent pas rester du seul domaine des spécialistes. Pour pouvoir y répondre, pour pouvoir voter ou en discuter, il faut s’y préparer, y réfléchir, étudier… et le théâtre s’avère être un lieu particulièrement privilégié pour cela : on n’y zappe pas en cours de représentation, on n’y surfe pas à tous vents, acteurs et spectateurs s’y confrontent en chair et en os pendant la durée du spectacle et y apprennent, à travers l’émotion, l’humour, l’intelligence.

Voilà ce qui m’a réjoui et encouragé pendant et après chacune des représentations de Darwin en finit avec les Cirripèdes et de La Confession de Darwin, en jouant et en rencontrant des spectateurs vivants et concernés. Que faut-il faire pour qu’ils viennent plus nombreux ? Voilà la question !

François Rochaix

* Le mot a une belle origine grecque : le « pédagogue » était l’esclave qui conduisait l’enfant à l’école ; il était aussi chargé de le faire travailler à la maison. Ce travail de précepteur-répétiteur était appelé paidagôgia !

Hello world!

22 février 2010

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